Destination Ostende et la côte belge
Une reine des plages où James Ensor peignait des squelettes, un tram qui longe soixante-huit kilomètres de littoral, des pêcheurs de crevettes à cheval classés par l'UNESCO et la Saint-Tropez belge au bout de la ligne : Oostende, que nous appelons Ostende, ne se résume pas à sa digue !
On croit connaître la côte belge : du sable, du vent, des immeubles alignés face à la mer du Nord. C'est oublier qu'Ostende fut la villégiature des rois, qu'elle a vu naître l'un des peintres les plus étranges de son siècle, et qu'elle sert de porte d'entrée à un littoral que l'on parcourt d'un bout à l'autre en tramway. À moins de deux heures de Lille et de trois heures de Paris, on y arrive un vendredi soir pour un week-end, ou l'on s'y installe une semaine pour explorer les stations voisines, de La Panne à Knokke. Art, patrimoine maritime, gastronomie de la mer et grands espaces naturels : le programme est plus riche qu'il n'y paraît. Une précision avant de partir : la ville s'appelle Oostende en néerlandais, et c'est sous ce seul nom qu'elle figure sur les panneaux. On vous guide ?
Un peu d'histoire...
Ostende naît de la pêche, comme tout le littoral flamand. Mais son destin bascule au XVIIe siècle avec un siège qui dure trois ans et fait des dizaines de milliers de victimes, l'un des plus meurtriers de l'histoire européenne. La ville s'en relève, se fortifie, commerce. Sa véritable métamorphose survient au XIXe siècle, lorsque la famille royale en fait sa villégiature estivale. Léopold II, surtout, y déploie des moyens considérables : galeries royales, hippodrome, kursaal, grands hôtels. Ostende devient la Reine des Plages, rendez-vous de l'aristocratie européenne, et se pare d'une élégance Belle Époque dont subsistent de beaux témoignages. Les deux guerres mondiales lui portent des coups sévères, et la reconstruction d'après-guerre lui donne cette silhouette contrastée où les immeubles modernes côtoient les vestiges de sa splendeur passée.
Le patrimoine maritime
Le port raconte l'autre histoire de la ville. Le Mercator, superbe trois-mâts mis à l'eau en 1932, servit de navire-école à la marine marchande belge jusqu'aux années soixante avant de devenir musée flottant. On y arpente les coursives, la salle des cartes et les cabines, mesurant au passage les conditions spartiates réservées aux cadets. Amarré non loin, l'Amandine fut le dernier chalutier ostendais à pêcher au large de l'Islande, et sa visite plonge dans le quotidien rude des marins-pêcheurs. Sur l'autre rive, accessible par un petit ferry gratuit, le Fort Napoléon dresse sa masse pentagonale au milieu des dunes. Bâti en 1811 sur ordre de Napoléon pour contrer la menace britannique, il servit encore durant les deux guerres mondiales avant d'accueillir aujourd'hui expositions et restauration.
James Ensor et les arts
Ostende a donné au monde un peintre inclassable. James Ensor y naît en 1860 et y meurt en 1949, sans jamais vraiment quitter sa ville. Fils de commerçants qui tenaient une boutique de souvenirs, il grandit parmi les masques de carnaval vendus au magasin familial, obsession qui hantera toute son œuvre. Ses toiles peuplées de squelettes, de foules grimaçantes et de masques ricanants annoncent l'expressionnisme et le surréalisme avec un demi-siècle d'avance. Sa maison, où il vécut trente-deux ans, se visite aujourd'hui et conserve son atmosphère singulière. Pour prolonger, le Mu.ZEE présente l'art belge de 1830 à nos jours, avec des œuvres d'Ensor, mais aussi de Léon Spilliaert, autre enfant d'Ostende au trait halluciné, et de Constant Permeke. Un ensemble remarquable, installé dans un ancien grand magasin des années quarante.
La plage, la digue et les jardins
Ostende revendique une longue plage de sable et une digue qui invite à la promenade par tous les temps. Les Galeries Royales, ce passage couvert de près de quatre cents mètres voulu par Léopold II pour relier le palais royal au kursaal à l'abri du vent, témoignent encore du faste d'antan. Le parc Léopold, aménagé sur d'anciennes fortifications, déroule ses étangs, ses cascades et sa fameuse horloge florale, tandis que le jardin japonais offre une parenthèse méditative à deux pas du casino. Ceux qui préfèrent l'eau salée trouveront un aquarium de la mer du Nord et, l'été, toutes les activités nautiques imaginables.
Le tram du littoral
C'est le fil rouge de tout séjour sur cette côte, et sans doute le meilleur conseil de cet article. Le Kusttram relie La Panne à Knokke-Heist sur soixante-huit kilomètres et une soixantaine d'arrêts, longeant la mer d'un bout à l'autre du littoral belge. On le présente couramment comme la plus longue ligne de tramway du monde. Un pass journalier permet de descendre où bon vous semble, de flâner dans une station, de reprendre la rame suivante et de poursuivre plus loin. Aucune voiture, aucun stationnement à chercher, et une vue sur les dunes pendant tout le trajet. C'est de très loin la meilleure façon de découvrir la côte.
Gastronomie et crevettes grises
Ici, tout tourne autour d'un minuscule crustacé. La crevette grise de la mer du Nord se déguste nature, achetée sur les étals du Visserskaai, le quai des pêcheurs où s'alignent stands et restaurants de poisson. Mais sa gloire absolue reste la croquette de crevette, panée et frite, dont Ostende a fait un emblème au point de lui consacrer un festival annuel à l'automne et de la faire reconnaître comme patrimoine comestible. Ajoutez le poisson du jour, les moules en saison, et l'inévitable cornet de frites, spécialité nationale que l'on savoure notamment chez la Frituur Pier & Pol, dont le nom rend hommage aux deux tours de l'église de la ville. Côté verre, les bières locales ne manquent pas, et l'on trouve même des brassins ostendais.
Les stations de la côte
Le littoral belge ne compte que soixante-cinq kilomètres, mais il aligne une quinzaine de stations aux personnalités bien tranchées. Au sud-ouest, La Panne conserve le monument de Léopold Ier, érigé à l'endroit exact où le premier roi des Belges posa le pied sur sa nouvelle patrie en 1831, ainsi qu'une chapelle royale. Oostduinkerke perpétue une tradition unique au monde : la pêche à la crevette à cheval, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'humanité, que quelques familles seulement font encore vivre en entrant dans les vagues à marée basse. Nieuport et Coxyde alternent plaisance, dunes et rues commerçantes. Au nord-est d'Ostende, De Haan a préservé un ensemble Belle Époque d'un charme rare, avec ses villas à colombages et son tram qui traverse le village ; on y grimpe les cinquante-six marches du phare de l'artiste Guillaume Bijl, œuvre contemporaine haute d'une quinzaine de mètres où la tradition veut qu'un baiser porte bonheur.
Knokke-le-Zoute, au bout de la ligne
Terminus du tram, Knokke-Heist est l'exact contraire d'Ostende : discrète, huppée, résolument tournée vers le luxe. Le quartier du Zoute aligne villas cossues, boutiques de grandes maisons internationales et la plus forte concentration de galeries d'art de Belgique. On y vient pour flâner sur la Kustlaan, tenter sa chance au casino, ou simplement observer une certaine idée de l'élégance balnéaire. Les gourmands y trouveront des adresses soignées, à l'image du Bardot Brunch, qui transpose l'imaginaire de la Côte d'Azur face à la mer du Nord. Mais le vrai trésor de Knokke est naturel : le Zwin, ancien bras de mer ensablé devenu réserve, surnommé l'aéroport des oiseaux. Cette mosaïque de vasières, de prés salés et de dunes accueille des dizaines d'espèces migratrices et se parcourt sur des sentiers aménagés, jumelles autour du cou.
Où dormir ?
Ostende constitue le camp de base le plus pratique, grâce à sa gare et à sa position centrale sur la ligne du tram. On y trouve toutes les gammes, du grand hôtel de la digue aux adresses de charme du centre, en passant par les appartements et résidences avec cuisine équipée, formule très répandue sur la côte et bien adaptée aux séjours en famille. Les stations voisines offrent des alternatives plus calmes, De Haan pour le charme Belle Époque, Oostduinkerke pour la nature, Knokke pour ceux qui ne regardent pas à la dépense. Un conseil : réservez tôt pour juillet et août, et méfiez-vous des week-ends prolongés, où la côte belge se remplit d'un coup.
Quand y aller ?
Août et septembre offrent les meilleures conditions de baignade, mais aussi la plus forte affluence. Le printemps et le début de l'automne réservent une côte plus paisible, une lumière superbe sur les dunes, et l'occasion d'observer les phoques, dont la population ne cesse de croître le long du littoral. L'hiver a ses partisans : les marchés de Noël animent plusieurs communes, et une digue balayée par le vent a quelque chose de vivifiant. Côté accès, Ostende se rejoint en train depuis Lille en deux heures environ et depuis Bruxelles en un peu plus d'une heure, avec des liaisons directes depuis Paris moyennant une correspondance. Le bus reste l'option la plus économique. Une fois sur place, oubliez la voiture : le tram du littoral fait tout le travail, et vous évitera les affres du stationnement estival.
Infos pratiques
- Office de Tourisme
- Adresse : Monacoplein 2 – 8400 Oostende – Belgique
- Du 15/03 au 14/11 : ouvert tous les jours de 10h à 18h
- Du 15/11 au 14/03 : ouvert tous les jours de 10h à 17h30
- Site internet : www.visitoostende.be





